L’assistance sexuelle, ou l’égalité à tout niveau, mais dans quelles limites?

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Dans le cadre de ma formation infirmière, lors d’un stage en établissement d’hébergement pour personnes handicapées, je me suis retrouvée confrontée à la situation suivante:

Un résident, que j’appellerai Thomas, âgé de 22 ans et atteint d’insuffisance motrice cérébrale, lors d’un entretien individuel avec son infirmière référente et moi-même, nous fait part de ce qu’il ressent au sujet de sa vie à l’établissement. A cause de son handicap, Thomas ne peut se déplacer qu’en fauteuil roulant à commande électrique car il n’a pas l’usage de ses jambes, et ne peut se servir que d’un seul de ses bras.

Au cours de l’entretien, Thomas est très vite amené à évoquer une tension entre son père et lui au sujet de sa dépendance physique. En effet, Thomas reproche à son père de lui répéter qu’il sera incapable de vivre seul ou de fonder une famille. Il évoque de plus une souffrance qui l’habite depuis déjà quelques années, l’absence de relation sexuelle. Il exprime ainsi le désir d’être au maximum indépendant, d’avoir des relations sexuelles ainsi qu’avoir des enfants quand le moment sera venu, notamment pour prouver à son père que celui-ci a tort.

Nous discutons cependant avec Thomas de l’ampleur de la responsabilité qu’engendre la naissance d’un enfant ainsi que l’intérêt qu’il y a à être prêt, certain, et que ça ne pourrait pas être dans l’immédiat, qu’il a besoin de temps pour gagner suffisamment en autonomie, ce qui est un de nos objectifs de soins.

Ainsi, suite à cet entretien, nous avons eu une discussion en équipe sur la « problématique » de la sexualité chez les personnes handicapées. Ont été abordées la présence auparavant de « chambres spéciales » à disposition des couples de résidents du foyer, mais aussi de la non-discrétion de leur utilisation. Puis, le sujet de l’assistance sexuelle est aussi venu dans la conversation. Celle-ci est utilisée dans bon nombre de pays européens, tels que la Suisse, hormis la France. N’en ayant encore jamais entendu parler, cette prise en charge m’a, aux premiers abords, amenée à me questionner sur un possible lien avec la prostitution. Il m’a donc fallu faire des recherches ainsi qu’engager une réflexion pour répondre à mes interrogations. En effet, la limite entre légalité et illégalité étant tellement étroite qu’il est difficile de se positionner en tant que soignant. Que faire devant la souffrance d’un patient dont on sait qu’une solution « simple » et légale de l’autre côté de la frontière existe mais qu’elle nous rendrait « hors la loi » aux yeux de celle-ci dans notre pays ? La réponse est simple pour les établissements qui habitent près de ces frontières puisque certains « organisent » des voyages où les résidents peuvent alors accéder de leur propre volonté à ces services de soins, mais pour les autres établissements, la question reste plus délicate. De plus, le soignant doit-il, peut-il « participer » à cet accompagnement du patient, au sens d’être mis dans la confidence, d’être l’intermédiaire entre le client l’accompagnant sexuel (pour la prise de rendez-vous par exemple)? Dans cette situation se pose aussi un autre questionnement: entre valeurs personnelles et devoirs professionnels, en quoi consiste le positionnement du soignant, soucieux de l’état de santé physique et surtout mental de son patient?

Ainsi, où en est la  problématique de l’assistance sexuelle du côté du gouvernement français? Quels sont les arguments pour et contre ? Et d’autre part, existent-ils d’autres moyens pouvant être mis en œuvre afin de faciliter l’accès à la sexualité aux personnes handicapées qui en expriment le désir, tout en restant dans le cadre légal? Voici les questions auxquelles j’ai tenté de répondre en effectuant ma démarche de recherche et de réflexion.

En lien avec cette situation, j’ai pu repérer les concepts de handicap, de dépendance, de souffrance, de besoin et d’éthique.

Le handicap n’existe pas dans l’absolu, il est une résultante des obstacles rencontrés. Ainsi, une personne est considérée comme handicapée si elle se trouve désavantagée, en incapacité par rapport à ses pairs du point de vue des normes sociales.

Puis, du handicap peut résulter la dépendance, qui est le fait pour une personne de dépendre de quelqu’un d’autre ou de quelque chose, d’avoir besoin d’être pris en charge.

De la situation de dépendance et de besoin, peut découler une souffrance puisque celle-ci étant, selon Paul Ricœur , un « affect ouvert sur la réflexivité, le langage, le rapport à soi, le rapport à autrui, le rapport au sens, au questionnement ». Elle peut ainsi exprimer une diminution de pouvoir, de la capacité d’agir, du potentiel de l’être.

Enfin, le concept d’éthique en philosophie est considéré comme une démarche de recherche du bien par la vie humaine, il désigne ainsi la science de la morale. Celle-ci repose sur la primauté de la personne, la valeur du libre examen (refus du savoir d’autorité) et sur la nécessité de cohésion sociale. En santé, les situations humaines ou l’éthique est en cause sont fréquentes et difficiles puisque les normes morales dépendent des époques, des cultures, des religions et des milieux sociaux.

 

Enfin, j’ai tenté de répondre à ces quelques questions par des recherches sur le handicap, son cadre législatif, et sur le débat concernant l’assistance sexuelle…

 

 

La législation concernant la personne handicapée

1. Définition du handicap

D’après la loi française, le handicap est défini comme «  toute limitation d’activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne en raison d’une altération substantielle, durable ou définitive d’une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d’un polyhandicap ou d’un trouble de santé invalidant. » (article L114 du code l’action sociale et des familles).

2. Droits de la personne handicapée

Par une volonté d’en finir avec le tabou de la vie affective et sexuelle de la personne handicapée, des textes législatifs internationaux et nationaux ont été rédigés. Ils traitent de la nécessité de leur reconnaitre le droit à la sexualité et de mettre en œuvre les moyens de leur en assurer l’accès.

Ainsi, dans la Convention relative aux droits des personnes handicapées des Nations Unies (article 23 et 25), sont reconnus aux personnes handicapées les droits de se marier, d’avoir des enfants, d’avoir accès à l’information, à l’éducation en matière de procréation et de planification familiale et que les moyens nécessaires à l’exercice de ces droits doivent être fournis.

Concernant la France, la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées instaure la notion de compensation des conséquences liées au handicap.

Pour ou contre l’assistance sexuelle : le débat et les arguments

Les opposants estiment qu’il n’existe pas de droit à la sexualité d’un point de vue juridique, que celle-ci est une liberté privée où l’état n’a pas à intervenir. Ils déplorent aussi une vision réductrice et discriminante de la vie affective et sexuelle des personnes handicapées. Selon eux, les demandes proviendraient d’une minorité masculine voulant satisfaire des besoins sexuels alors que la majorité des personnes handicapées souhaiterait simplement la possibilité de vivre une vraie relation affective et sexuelle. Ils parlent aussi de maintien dans l’assistanat de la personne handicapée et craignent pour la difficulté de l’obtention du consentement éclairé dans certains cas ainsi que pour la gestion des liens affectifs qui pourraient se créer et les éventuels abus qui pourraient en émerger. De plus, sa légalisation en France nécessiterait la modification du code pénal concernant deux aspects : les abus sexuels sur personne vulnérable (articles 222-24 et 222-29) ainsi que la prostitution et le proxénétisme (articles 225-5 à 225-12).

Au contraire, les défenseurs de l’assistance sexuelle se basent sur le principe de compensation qu’instaure la loi du 11 février 2005 pour légitimer, d’un point de vue juridique, la mise en place de l’accompagnement sexuel dont le but est de permettre l’accès à ce droit fondamental. Cependant, ils précisent que ce n’est qu’une réponse parmi d’autres, adaptée à certaines situations précises, et qui ne permet pas de résoudre toutes les questions relatives à la sexualité des personnes handicapées.

Enfin, selon eux, les dérives dont s’inquiètent les opposants devraient être écartées dans le cas où les professionnels qui prodiguent ces services sont formés aux spécificités du handicap, à la psychologie, à l’éthique, l’écoute et le respect de l’autre, dans un cadre éthique et juridique précis. C’est ce que prône d’ailleurs Jean-François Chaussy, homme politique et porte-parole des défenseurs de l’assistance sexuelle auprès du gouvernement, qui est pour une réglementation de ce service en France. Il en propose ainsi le cadre :

-          L’accompagnement sexuel serait réservé aux personnes « n’ayant pas accès à leur propre corps » ;

-          Il exclurait « l’acte sexuel » ;

-          La mise en place d’un cadre éthique et juridique entre le demandeur et le professionnel serait indispensable pour éviter toute dérive ;

-          La notion du consentement éclairé de la personne demandeuse serait fondamentale.

 

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Ceci est un extrait d’une des nombreuses analyses de la pratique professionnelle que la formation infirmière me demande pour la validation de mes stages.  Lorsque j’ai voulu présenter celle-ci, ma formatrice référente m’a clairement fait comprendre que j’étais tombée exactement dans le genre de sujet « tabou » qu’il est formellement déconseillé d’analyser. Dixit Mme X, « La sexualité, l’euthanasie… C’est casse-gueule et à éviter ! »
J’ai alors été profondément déçue car je m’étais réellement engager dans cette réflexion, m’étant senti évoluer dans mon identité professionnelle grâce à celle-ci. Nos formateurs nous demandent originalité, réflexion, démarche d’auto-questionnement, mais à l’inverse nous imposent des cadres, des limites qui, me semble-t-il, ont tout intérêt à être repoussées. J’aimerais faire mon mémoire autour de ce sujet, ou encore autour de celui de la sédation en fin de vie autour de laquelle j’ai déjà entrepris une analyse de la pratique. Cependant, est-il nécessaire de mettre en danger son diplôme d’état d’infirmier, si dur et long à acquérir, dans le but de faire valoir ses valeurs de soignant et sa liberté d’expression?

1849

« Comme cette terre m’étouffera, je vous conjure de faire ouvrir mon corps pour que je ne sois pas enterré vif. »

 

1849 dans Musique Chopin-masque-mortuaire

 

« Aurait-on pu trouver d’autres accents pour exprimer avec le même navrement quels sentiments et quelles larmes devaient accompagner à son dernier repos celui qui avait compris d’une manière si sublime comment on pleurait les grandes pertes! » Franz Liszt, Chopin.

 

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Comme un instant d’éternité.

Comme un instant d'éternité. dans Musique Piano-3-1024x377

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Musique. Je crois distinguer quelqu’un. J’en suis certaine, quelque chose s’empare de mes notes, plutôt des notes, elles ne m’appartiennent pas. Elles appartiennent à ce qui les anime. Et si mes mains sont à l’origine du mouvement, quelque chose d’autre se joue, de l’ordre de l’inconnu, l’incompréhensible? Une silhouette se dessine au fur et à mesure que la Musique s’empare de mon corps, de mes gestes. Et lorsque tout disparait dans un éternel frisson, cette force en moi, autour de moi, hors de moi, – elle est partout, puis nul part – se dissipe à mesure que le silence me rappelle à la réalité. Ma réalité si plate, basse, creuse – comparé à ce que je viens de vivre -. J’ai effleuré quelque chose, une lumière, une force qui m’a échappée, encore une fois. Était-ce Dieu? Ou le reflet de mon âme?

Serj Tankian – Gate 21

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Indescriptiblement grandiose

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Jacqueline du Pré, violoncelliste britannique, décédée en 1987, joue ici le premier mouvement du concerto pour violoncelle de Sir Edward Elgar.

Respect

Discutions à table… Il y a à peine cinq minutes. Ma mère cherchait à énerver ma sœur, vicieusement, à plusieurs reprises, voyant que celle-ci ne réagissait pas comme elle le souhaitait… Lorsque celle-ci répondit enfin de manière incorrecte (puisque c’est ce qu’elle attendait), ma mère lui ordonna de lui « devoir le respect ». Très bien, d’accord.

J’ai donc rajouté que oui, on devait le respect, mais uniquement aux personnes respectueuses envers nous. Poursuivant sur ma voie (en grande envie de débattre), j’ai aussi rajouté que le respect qu’on leur devait (à nos parents) n’étaient pas dû au fait qu’ils étaient à proprement parlé nos parents, mais bien par le fait qu’ils nous éduquent, nous logent, nous aiment aussi, nous aident, nous suivent, nous entourent, et bien sûr aussi par le fait qu’ils nous ont donné la vie. Mon père ayant mal pris ma réflexion me le fit savoir et rajouta que les parents sont les parents, et que quoi qu’il arrive les enfants leur doivent un total respect. Allant droit au but, j’évoquai donc l’exemple d’un enfant violé par sa mère. Lui doit-il le respect sous prétexte qu’il lui doit la vie? Le respecte-t-elle, son enfant? L’enfant qu’elle a mit au monde, qu’elle doit aimer comme une mère? Si une mère ne peut aimer son enfant comme une mère, pourquoi l’enfant devrait-il l’aimer comme un enfant? Mon père me répondit que la mère devait être punie pour ce qu’elle avait fait, mais que dans tous les cas, cet enfant resterait son enfant. Encore un point où je ne suis pas d’accord.

Je pense que le respect n’a rien à voir avec le lien du sang. Qu’en est-il des enfants adoptés? des enfants issus de mères porteuses? Une mère, un père, sont et resteront ceux qui les auront accompagné dans la vie, qui auront participé à leur « construction » d’être, qui les auront aimé, éduqué, qui auront été des modèles pour ses enfants à un âge où ils étaient encore inconscients du vrai sens de la vie, n’avaient pas encore fait leur propre idée du monde, non pas une personne ayant un ADN similaire, n’ayant fait « qu’ » engendré ces enfants. Car bien sûr, donner la vie n’est pas négligeable, c’est loin d’être un détail, lorsque naturellement avec cette naissance suit l’amour des parents, le respect de cet être qui est leur enfant, mais qui ne leur appartient pas. Le respect doit se faire dans les deux sens. Un parent, sous prétexte qu’il a une autorité sur son enfant, ne doit en aucun cas croire que cet enfant est en sa possession, et qu’il peut se permettre de briser les règles du respect que chacun se doit. Je rajouterai aussi que, un adulte souffrant de problèmes relationnels avec des collèges, un supérieur, une quelconque personne, devant laquelle il se sent inférieur, rabaissé, n’a pas à « combler » ce manque d’autorité sur ces enfants en rentrant du travail… car c’est souvent de manière plutôt injuste. Penser qu’on maîtrise au moins quelqu’un, ces enfants en l’occurrence, pour faire remonter sa fierté… Bien mature pour un adulte.

Article fait sous la colère, mon père ayant coupé le débat net, vexé d’être contredit.

Vivre Musique.

Un soir du mois de mai, entre onze heures et minuit, la société était réunie dans le grand salon. […] Liszt jouait un Nocturne de Chopin et, selon son habitude, le brodait à sa manière, y mêlant des trilles, des trémolos, des points d’orgue qui ne s’y trouvaient pas. À plusieurs reprises, Chopin avait donné des signes d’impatience ; enfin, n’y tenant plus, il s’approcha du piano et dit à Liszt avec son flegme anglais :

Je t’en prie, mon cher, si tu me fais l’honneur de jouer un morceau de moi, joue ce qui est écrit ou bien joue autre chose : il n’y a que Chopin qui ait le droit de changer Chopin.Eh bien, joue toi-même ! dit Liszt, en se levant un peu piqué. – Volontiers, dit Chopin.

À ce moment, la lampe fut éteinte par un phalène étourdi qui était venu s’y brûler les ailes. On voulait la rallumer.

Non ! s’écria Chopin ; au contraire, éteignez toutes les bougies ; le clair de lune me suffit.

Alors il joua… il joua une heure entière. Vous dire comment, c’est ce que nous ne voulons pas essayer. […] L’auditoire, dans une muette extase, osait à peine respirer, et lorsque l’enchantement finit, tous les yeux étaient baignés de larmes, surtout ceux de Liszt. Il serra Chopin dans ses bras en s’écriant :

Ah ! mon ami, tu avais raison! Les œuvres d’un génie comme le tien sont sacrées ; c’est une profanation d’y toucher. Tu es un vrai poète et je ne suis qu’un saltimbanque.

Vivre Musique. dans I must confess. main-Chopin-300x151

Moulure de la main gauche de Frédéric Chopin sur son lit de mort

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J’ai comme l’impression de ne pas être née à la bonne époque… pas le bon univers. Je veux vivre de musique. J’aurais voulu vivre musique. Il n’est jamais trop tard, et pourtant…

Mon père ayant été musicien, il aurait pu me conduire dans cette voie bien plus tôt… Je lui en veux de ne pas avoir su, de n’avoir pas compris que mon désir de faire de la musique était bien plus qu’une lubie d’enfant. Aujourd’hui, je m’accroche, je me débrouille, seule… Rêvant de grands orchestres que je ne ferai jamais qu’admirer.

Aujourd’hui, je ne dirais pas que j’ai renoncé. « Changer ses désirs plutôt que l’ordre du monde », c’est exactement ça. Pour arrêter d’espérer l’impossible, d’être déçue, il a fallu accepter, se fixer d’autres buts… Eux, accessibles.

 

« Sans la musique, la vie serait une erreur », Nietzsche

Encore, toujours et encore un morceau qui fait planer, donne des frissons, tout ce que vous voulez. Ça, ça me fait peut-être le même effet que la drogue (peut-être car je n’ai jamais touché à la drogue, et n’y compte pas bien entendu), ou qu’une bonne grippe: tremblements, frissons, cœur qui s’affole… Ah? à moins que ce ne soit l’amour? C’est ça oui, je suis amoureuse de la musique. Tiens! Je m’en doutais.

3ème mouvement du Clair de lune de Beethoven, par Mark Salman

Que ferai-je dans un monde sans musique? Est-ce que j’y aurais vraiment ma place? Devient utile toute chose à laquelle on goute, je le sais bien. Elle ne me serait peut-être pas indispensable si elle n’était pas à ma connaissance. Cependant, je réfléchis et… Un monde sans musique est impossible. La musique est partout. Pas uniquement dans nos baladeurs, nos chaines hifi,… Elle est aussi dans le chant des oiseaux, dans le rythme des pas dans la rue, dans le tambourinement de la pluie sur un toit, dans le sifflement du vent à travers une ouverture. La musique existe par elle-même. L’homme ne l’a pas inventée. Elle est présente, autours de nous, l’homme ne fait que la sublimer, lui donner des tonalités plus émouvantes, s’en sert comme langage du cœur, de l’âme.

Je pleurerais des heures durant au pied d’un musicien jouant de tout son cœur et de toute son âme si j’en avais la possibilité, et j’en serais heureuse, comblée.

Car la Musique qui rend heureux, c’est celle qui fait pleurer.

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« Guérir parfois,soulager souvent, écouter toujours », Louis Pasteur

 

« Pourquoi nous le faisons : Le témoignage d’un infirmier »

 

 Témoignage assez long, mais très intéressant, d’un certain Emmanuel Delporte, à voir sur infirmiers.com

 

 

« Je suis infirmier en service de réanimation polyvalente d’un hôpital parisien. Les récentes erreurs médicales et paramédicales et la médiatisation outrancière dont elles ont fait l’objet m’ont choqué, principalement parce que nous faisons un métier difficile et méconnu de la population, où nos compétences ne sont pas reconnues à leur juste valeur, où nos responsabilités sont grandes. Le fait est qu’on ne nous entend pas, les rares fois où nous manifestons se passent dans l’indifférence générale.

Un soir de ras-le-bol, j’ai donc décidé d’écrire le texte suivant et de le diffuser le plus largement possible afin de rappeler aux journalistes, aux politiques et au grand public à quoi servent les infirmier(e)s et pourquoi nous faisons ce métier.

« Pourquoi choisit-on de se tourner vers un métier où l’on se place quotidiennement face à la douleur, la peur, la mort ? Devenir les témoins de la maladie, de l’amputation, de l’infection, de l’hémorragie ? Tant passent dans nos lits, si peu en sortent, encore moins pleinement vivants, dotés d’un avenir et pas uniquement des vestiges d’une vie déjà résolue. ourquoi décide-t-on que l’on va participer, chacun à son niveau, à la bataille opposant la vie à la mort, la maladie à la guérison, la souffrance à l’espoir ?

Parfois un homme, une femme passe telle une étoile filante, reliée encore à la terre par quelques fils dérisoires, ventilation mécanique, seringues électriques, une vie entière ne tenant qu’à quelques piles. Quelques heures de lutte acharnée, où l’on fait un massage cardiaque, où l’on assiste le médecin qui intube, pose un cathéter veineux central, un cathéter artériel, un cathéter de dialyse, et puis, la nature reprend ses droits; rappelle à tous que nous ne maîtrisons que si peu. Et que parfois, ce peu ne suffit pas. Alors on meurt. Il faut alors annoncer aux vivants, à ceux qui restent, qu’ils ont perdu une mère, une tante, un frère; on les rassure comme on peut et c’est dérisoire : « Oh non ils n’ont pas souffert. »

Mais l’on sait que la souffrance de la mort, elle est pour ceux qui vivent, pour ceux qui sont encore là, sans l’autre désormais, et à jamais. La douleur du cœur déchire l’âme bien plus que celle du corps. Un homme s’écroule, à genoux, tremblant, si faible, si petit, si dérisoire face à l’inéluctable, vous prend dans ses bras, pleure, crie, et même hurle parfois. Il aurait envie de vous frapper peut-être, de se faire du mal, de dispenser sa colère et sa peine sur quelqu’un, un responsable. Mais il n’y en a aucun. Non, il n’y avait plus rien à faire. Oui, nous avons tout tenté; mais parfois, rien ne marche; parfois, tout n’est pas assez.

Et comment l’expliquer ? Comment l’accepter ?

A l’hôpital, le long de ces couloirs où rôde, presque palpable, la présence de la mort, tout est mis à nu; chaque faiblesse, chaque erreur est grossie, devient visible. On ne trompe pas la mort, ni la souffrance, encore moins la maladie. Quand on travaille en un tel lieu, on fait parfois des rêves étranges; des cauchemars terrifiants. On voit ceux que l’on aime, nos proches, un tuyau dans la gorge, sur ce lit; on n’est plus un soignant mais un visiteur. Et l’on se réveille en panique, les larmes aux yeux. Oui, nous comprenons ce que c’est. Nous aimons, sinon nous ne ferions pas ce métier, alors nous pouvons comprendre ce que c’est de perdre l’amour. Nous l’avons sans doute tous vécu, où alors nous le vivrons. On découvre que l’on ne fait pas ce que l’on veut. On ne fait que ce que la nature nous autorise à faire. On ne vainc pas la mort, on essaye de rendre la vie, et c’est là toute la différence. Parfois la vie n’est déjà plus la, tout échoue. C’est ainsi. Alors cette jeune fille touche la main de sa mère, déjà froide. Elle ne peut pas supporter, cette image, ce tableau, ces fils, ces câbles, ces machines tellement dérisoires. Elle sort en pleurant.

Qu’est-ce qu’on n’y peut ? Rien, absolument rien.

Certains sont très lucides, plein de bon sens. « Il a bu, mangé et fumé toute sa vie, voilà ce qui arrive. Il était malade depuis longtemps, mais il refusait d’aller voir le docteur; voilà ce qui arrive. On ne peut rien contre la nature; vous faites ce que vous pouvez, pas l’impossible.» Ceux-là souvent, nous remercient pour ce que l’on fait, parce qu’ils comprennent le sens de tout cela; mieux que nous sans doute, ils comprennent pourquoi nous le faisons, ce métier. Et bien qu’on leur réponde que c’est justement notre métier et qu’ils n’ont pas à nous remercier, hé bien ça nous touche, ça nous redonne espoir, courage, et ça nous aide à nous rappeler, précisément, pourquoi nous le faisons. Car il arrive qu’on ne sache plus trop. Quand il y a trop d’échecs, trop de morts, trop de souffrance, et qu’on en prend le souffle en pleine face. Quand on a l’impression de se battre contre des moulins à vent, de lutter contre l’inertie, la bureaucratie et la paperasserie, parce que pour une obscure raison politique, matérielle, budgétaire, le patient ne peut pas avoir son scanner, sa radio, son bloc opératoire, et que nous faisons face à toutes les plaintes; l’IDE est le fantassin en première ligne, qui prend tous les coups, venant de devant mais aussi de derrière. Quand certains jours, on en peut plus de brasser du sang, de la merde, de la pisse. Parce qu’à l’hôpital, quand il s’agit de vie ou de mort, tombent les masques; on en revient au basique, aux substances premières. Il faut bien que quelqu’un y mette les mains. Hé bien c’est nous.

Alors oui, ça nous fait du bien quand on nous dit que nous faisons du bon boulot. Nous ne sommes pas infaillibles, nous commettons parfois des erreurs, et elles sont souvent tragiques, fatales. Nous ne pouvons pas effacer une erreur, comme un journaliste qui rédige un article et fait une faute de frappe. Mais nous avons tous une conscience professionnelle exigeante, parce que nous sommes conscients de nos responsabilités. Elles sont parfois écrasantes.

Quand nous avons des nouvelles d’un homme ou d’une femme, qui allait mourir trop tôt et que nous avons aidé à vivre, et qui nous passe le bonjour, ou qui nous dit qu’aujourd’hui il où elle vit encore, alors que son SAPSII (score de gravité en fonction des pathologies, de l’âge, des antécédents) lui donnait 72,8% de chances de mourir, et qu’elle sait, qu’elle n’oubliera jamais, à qui elle le doit, alors oui, ça nous rappelle pourquoi nous le faisons.

Nous le faisons parce que, ça doit être fait. Hé bien c’est nous qui nous en chargeons.

Nous sommes plus de 400 000 en France. Nous faisons trois ans et demi d’études, bientôt quatre. Nous sommes payés bac +2. Nous ne faisons jamais grève, nous ne manifestons que trop rarement pour l’amélioration de nos salaires, de nos conditions de travail, de nos horaires, et quand ça arrive, c’est dans l’indifférence générale. Nous donnons beaucoup et réclamons peu. Avec les aides-soignants, les agents des services hospitaliers, les brancardiers, les kinés, et les médecins, nous aidons vos proches à aller mieux, quel que soit leur caractère, leur âge, leur religion, leur couleur de peau, leur mutuelle, qu’ils nous insultent ou bien qu’ils nous remercient chaleureusement, et ça n’a rien de simple, parfois tout se passe bien, parfois tout va de travers. Parfois l’un d’entre nous se trompe.

Nous ne sommes ni des jésuites, des bonnes sœurs, des martyrs ou des couillons.

Nous sommes, avant tout et comme vous, humains. Et nous faisons ce qui doit être fait, voilà tout. »

Emmanuel Delporte, IDE

Lacrimosa

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W.A. Mozart

-

Lacrimosa dies illa,

Qua resurget ex favilla

Judicandus homo reus.

Huic ergo parce, Deus:

Pie Jesu Domine Dona eis requiem.

Amen.

-

Oh! Jour plein de larmes,

où l’homme ressuscitera de la poussière:

Cet homme coupable que vous allez juger:

Epargnez-le, mon Dieu!

Seigneur, bon Jésus, donnez-leur le repos éternel.

Amen.

 

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