Archives pour la catégorie I must confess.

Vivre Musique.

Un soir du mois de mai, entre onze heures et minuit, la société était réunie dans le grand salon. […] Liszt jouait un Nocturne de Chopin et, selon son habitude, le brodait à sa manière, y mêlant des trilles, des trémolos, des points d’orgue qui ne s’y trouvaient pas. À plusieurs reprises, Chopin avait donné des signes d’impatience ; enfin, n’y tenant plus, il s’approcha du piano et dit à Liszt avec son flegme anglais :

Je t’en prie, mon cher, si tu me fais l’honneur de jouer un morceau de moi, joue ce qui est écrit ou bien joue autre chose : il n’y a que Chopin qui ait le droit de changer Chopin.Eh bien, joue toi-même ! dit Liszt, en se levant un peu piqué. – Volontiers, dit Chopin.

À ce moment, la lampe fut éteinte par un phalène étourdi qui était venu s’y brûler les ailes. On voulait la rallumer.

Non ! s’écria Chopin ; au contraire, éteignez toutes les bougies ; le clair de lune me suffit.

Alors il joua… il joua une heure entière. Vous dire comment, c’est ce que nous ne voulons pas essayer. […] L’auditoire, dans une muette extase, osait à peine respirer, et lorsque l’enchantement finit, tous les yeux étaient baignés de larmes, surtout ceux de Liszt. Il serra Chopin dans ses bras en s’écriant :

Ah ! mon ami, tu avais raison! Les œuvres d’un génie comme le tien sont sacrées ; c’est une profanation d’y toucher. Tu es un vrai poète et je ne suis qu’un saltimbanque.

Vivre Musique. dans I must confess. main-Chopin-300x151

Moulure de la main gauche de Frédéric Chopin sur son lit de mort

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J’ai comme l’impression de ne pas être née à la bonne époque… pas le bon univers. Je veux vivre de musique. J’aurais voulu vivre musique. Il n’est jamais trop tard, et pourtant…

Mon père ayant été musicien, il aurait pu me conduire dans cette voie bien plus tôt… Je lui en veux de ne pas avoir su, de n’avoir pas compris que mon désir de faire de la musique était bien plus qu’une lubie d’enfant. Aujourd’hui, je m’accroche, je me débrouille, seule… Rêvant de grands orchestres que je ne ferai jamais qu’admirer.

Aujourd’hui, je ne dirais pas que j’ai renoncé. « Changer ses désirs plutôt que l’ordre du monde », c’est exactement ça. Pour arrêter d’espérer l’impossible, d’être déçue, il a fallu accepter, se fixer d’autres buts… Eux, accessibles.

 

La salle St Martin de la Pommeraye… va être détruite.

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Pas content! Pas content! Pas content!

Enfin quoi! On ne peut pas détruire un endroit pareil, empli de souvenirs, d’histoire, d’émotions… Il s’y est passé tant de choses…. Mais quoi qu’il en soit, c’est irrévocable. D’après mes sources, les sièges sont même déjà vendus à des particuliers…

Tant de souvenirs sont encrés dans ses murs, son plancher, sa scène, ses rideaux rouges… J’y ai ainsi fait mon tout premier gala de danse, et tout ceux qui ont suivis depuis 7 ans. J’y ai fait ma première approche du théâtre il y 3 ans, dirigeais la régie (très mal, il est vrai), un coups de cœur qui m’a fait m’inscrire au théâtre pour mes années lycée… Jamais je n’aurais cru que le théâtre ferait autant partie de ma petite vie d’étudiante. Deux heures par semaine, je me rends dans cette salle afin de jouer. Depuis ainsi 2 ans, je me surpasse sur ces planches. Non pas que je me trouve un quelconque talent, mais… je crois, je suis sûre d’avoir franchi, jour après jour, et de plus en plus loin, des limites de ma personnalité que je croyais indépassables.

J’ai grandi sur ces planches, je me suis donnée, épanouie, éveillée, découragée, déçue, et puis renforcée, révélée sur ces planches. J’ai pleuré pour X raisons, X nombre de fois en ce lieu, tantôt devant un film, pendant un gala, tantôt en cours de théâtre, devant une difficulté, un découragement, un échec, un stress trop intense… Mais j’ai toujours su me relever, me dépasser. Et une fois l’épreuve surmontée, la joie était si immense… que je ne saurais l’expliquer. Des amitiés y sont nées, s’y sont renforcées. Nous ne formons plus qu’une famille dans cette salle de théâtre, une famille qui n’a ni honte, ni jugement, une famille qui profite de chaque instant et se donne au maximum pour au final être fière du travail accompli. Dans cette salle, je me suis construite une personnalité plus forte, aujourd’hui je sais me dévoiler, ne plus avoir peur du regards des autres. J’ai donc grandi dans cette salle et vécu certains des moments les plus importants qui me soient arrivé. Savoir que je n’éprouverai plus jamais la joie de danser devant un public sur cette scène, n’y donnerai plus aucune réplique, ne saluerai plus jamais à la fin du spectacle, me fend le cœur… Je veux y laisser ma trace, ou au moins emporter un peu d’elle avec moi. Je veux graver mon nom sur ses murs, prendre un bout de rideau (et m’en faire une couverture, pourquoi pas!)… Cette salle est vivante pour moi, j’y vois les fantômes de mes moi passés… chaque endroit, coin de ce lieu contient une date, un moment précis, un évènement de ma vie.

De plus, la destruction de cette salle correspond en même temps à la fin d’une partie de ma vie, certainement une des parties les plus confortables. Et oui, après le bac, c’est le grand saut. Et cette destruction me rappelle à la réalité, l’accès à la salle sera interdit vers le mois de mai il me semble… Autant dire beaucoup trop tôt. Cela ne fait que rapprocher la séparation. J’aurais voulu profiter au maximum, faire que la fin soit la plus parfaite possible… J’espère que la magie opèrera malgré tout, que je puisse leur dire adieu d’une manière honorable, et qu’aucune tâche ne vienne plus salir mes magnifiques souvenirs de la Pommeraye…

La fin d’une naïveté

    Aujourd’hui, j’ai réalisé que j’avais renoncé au souhait de me voir un jour mariée. Non pas que je ne crois plus en l’amour, l’amour d’une vie entière, le grand, le vrai, bref, j’ai seulement réalisé que peu de personnes ont la chance de vraiment se correspondre, de rester sur la même longueur d’onde des années durant. C’est vrai, beaucoup d’histoires fonctionnent très bien jusqu’au jour où un des deux déraille, et y met une fin. Mais passons… L’idée de bonheur ne devrait pas passer obligatoirement par le mariage. Et si l’on ne trouve pas la personne idéale? Alors très bien, il y a le divorce. Je suis totalement pour. On a le droit à l’erreur. Je rajouterais même que, d’après moi, une femme ou un homme divorcé n’a absolument pas raté sa vie. Enfin! La vie continue. Bon, on s’est trompé, et alors? « Ce n’est qu’un mariage! », peut-être pas jusque-là. Mais, le divorce est une sorte de renaissance, de changement de parcours, de redécouverte de soi, et pas forcément un malheur, mais une opportunité (ou occasion?) de se construire un autre bonheur. Et ce droit à l’erreur, je me l’accorde de même. Être marié n’est ainsi plus un souhait pour moi, comme celui de beaucoup de jeunes filles à qui on a lu un tas de contes de fées, ramassis de machins roses et de trucs sentant la vanille, nous faisant fantasmer une vie de princesse dès notre plus jeune âge, pour mieux nous balancer du haut de notre nuage, sitôt sorties de l’âge des appareils dentaires et des énormes poussées d’acné.  Bref, si je fonde une famille, très bien. Et si je n’en fonde pas, très bien aussi. Quand on y pense, c’est un peu léger comme but dans la vie… Mais se rendre utile pour l’humanité, faire bouger des choses, partager son savoir, participer à des projets, ça, ça me semble intéressant, et un peu plus lourd de sens, non?

« Je ne veux pas d’avenir, je veux un présent », Robert Walser.

Image de prévisualisation YouTubeThe meadow – Alexandre Desplat

   Derrière ses rire, son manque de sérieux, sa folie quotidienne, se trouvent une jeune femme blessée, perdue, cherchant un remède au poison qui peu à peu infiltre sa vie. Cette jeune femme sait qu’elle prend la mauvaise direction, espère, attend que ça lui passe pendant que le temps qui passe ne l’attend pas. On lui a coupé les ailes à plusieurs reprises, elle qui se croyait intouchable, tout là haut, sur son nuage. Aujourd’hui, ses ailes repoussent mal, imparfaites, abîmées, profondément écorchées, elles ne lui permettront plus jamais de voler, pas aussi haut.
Cette jeune fille est si fragile qu’elle se casse, en deux, régulièrement, quotidiennement, si souvent, aussi souvent qu’elle rit. Pour rien, pour tout, n’importe quoi! Elle a beau savoir qu’il ne faut pas, qu’elle doit être forte, lorsque la moindre chose va mal, un seul mot et elle verse ses larmes, ne sachant pas la vraie raison de ses pleurs cependant. Elle n’aime pas pleurer, tu sais, ça la rend faible devant les autres, elle a honte d’être comme ça et ne se rappelle plus quand est-ce que ça a commencé, pourquoi. Aujourd’hui elle souffre, hier aussi. Elle essaye d’être digne, oublier, recommencer à rêver, reprendre confiance, pour demain retrouver son souffle. Elle se sent simplement vide, vide de sens, vide d’importance. Peu importe les études, les perspectives d’avenir, son problème c’est elle. Elle ne supporte pas de vivre si simplement, mécaniquement. Elle veut respirer la vie, la valeur de la vie, elle veut trouver la force, pauvre petite fille fragile, elle se rabaisse sans cesse, se croit incapable, attend une sorte de révélation. A force d’attendre, ça devient minable.

« Jésus lui dit: Parce que tu m’as vu, tu as cru. Heureux ceux qui n’ont pas vu, et qui ont cru ! » (Jean 20:29)

Je n’avais jamais encore été confrontée à la mort d’un être cher… Je n’avais jamais vu la mort. Il est vrai que je ne pense pas avoir réaliser que la personne en face de moi n’avait plus aucune vie en elle… Rester auprès d’elle ne me réconfortait pas, mais m’intriguait. Je guettais le moindre mouvement, je cherchais une respiration, un doigt qui bouge, une main qui se lèverait pour chasser la mouche sur le visage… Pour moi, il dormait, d’un sommeil très profond… Je ne pouvais m’imaginer que dans ce corps, plus rien ne fonctionnait. Tandis que j’essayais de me convaincre de sa mort, les larmes aux yeux, un désir apparut en moi… Tout d’abord petit, il grandit, comme une évidence. Il fallait que je le touche. Mes yeux ne pouvant y croire, mes mains allaient me dire la vérité. S’il était froid, il était mort. Je devais le toucher, si je ne le faisais pas, je ne pourrai jamais croire à sa mort. Il le fallait… Mais la peur de connaître la vérité me tenaillait. C’est si stupide pourtant… Des dizaines de personnes venaient dans cette pièce sombre pour lui rendre visite, bien sûr qu’il était mort. Bien sûr que je le savais… Mais je ne le croyais pas. J’ai finalement pris mon courage à deux mains, et ai posé ma main sur les siennes. Elles étaient froides, très froides. Et cela ne m’a même pas étonné.

Ces trois jours m’ont paru être irréels… Encore aujourd’hui je ne réalise pas avoir été dans la même pièce qu’un corps inerte. Pour moi, j’étais dans le salon, aux côtés de mon grand-père, dormant paisiblement… Ne souffrant plus… Et, il était beau.

Cela fait 1 mois et 1 jour qu’il a été enterré, 1 mois et 1 jour que je ne suis pas retournée le voir.

 

Après cet évènement, une question s’est imposée à moi. Tandis que je m’étais proclamée non croyante, l’envie de croire en Dieu m’est soudain apparue. Cependant, l’envie n’est pas la foi, et rien ne m’explique comment l’obtenir. Et j’imagine que ce n’est pas quelque chose qu’il faut chercher. Elle doit venir à nous, simplement. Mais peut-être ne puis-je croire en ce que je ne vois pas? Comme avec la mort. Il m’a fallu des preuves pour réaliser, même si les preuves étaient là, il me fallait des preuves sensorielles, mes propres preuves. Peut-être que pour réaliser la mort de mon grand-père il m’a fallu du temps, ou me faudrait du temps, car je ne peux pas dire si j’ai réalisé ou néantiser cette réalité… Alors c’est peut-être la même chose pour Dieu, il me faudra du temps pour réaliser, pour croire, pour avoir la foi.

Je suis non seulement à la recherche de la foi, mais aussi à la recherche de moi-même…

 

« Croire en Dieu c’est avant tout et par dessus tout

vouloir qu’il existe« , Miguel de Unamuno.



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